Dans un brownstone de Harlem, le blanc cassé sert de toile aux couleurs

Bleu cobalt, jaune safran, papiers peints britanniques et chats : Sarah Brown a fait d’un brownstone new-yorkais un intérieur éclectique pensé pour durer.

Loïc Gendron Par Loïc Gendron
4 min de lecture
Dans un brownstone de Harlem, le blanc cassé sert de toile aux couleurs
Un salon coloré et éclectique : mur bleu profond, canapé et fauteuils corail, table en bois, lampadaire à franges et grand tableau abstrait.

En bref

  • L’architecte d’intérieur londonienne Sarah Brown a repensé un brownstone de Harlem pour un jeune couple et ses chats.
  • Le décor du film de Wes Anderson, à Hamilton Heights, se trouvait à quelques rues de cette maison.
  • Un blanc cassé Dimity de Farrow & Ball couvre l’étage principal pour laisser parler couleurs et motifs.
  • Les propriétaires ont privilégié des marques britanniques, mêlées à leurs antiquités de famille.

Pour retrouver l’esprit de La Famille Tenenbaum sans transformer sa maison en décor de cinéma, la piste suivie par Sarah Brown tient en une méthode simple : des murs calmes dans les grandes pièces, des couleurs saturées portées par les tissus et les objets, et des matières douces pour garder le confort. Cette décoration d’intérieur a été pensée pour un couple qui vit et travaille sur place, ce qui oblige chaque choix à rester pratique.

Un brownstone voisin du film

Sorti en 2001, le film de Wes Anderson met en scène une famille excentrique installée dans une maison de grès brun new-yorkaise. Selon Sarah Brown, architecte d’intérieur installée à Londres, la demeure de Hamilton Heights utilisée pour le tournage se dressait à quelques rues du brownstone de Harlem qu’elle a repensé pour un jeune couple, propriétaire de plusieurs chats.

Quand elle a pris le projet en main, le gros du chantier était déjà fait. Une entreprise de construction américaine avait modernisé la distribution des pièces, et de nombreux éléments d’époque avaient été restaurés ou remplacés. Les propriétaires, eux, ont remis en place des fenêtres à battants et des volets, puis commandé un vitrail neuf pour la porte d’entrée d’origine. Sarah Brown résume ce qui les avait attirés : « Les propriétaires ont été séduits par le caractère de ce brownstone , ses proportions et son cachet historique, ainsi que par son potentiel pour devenir une maison familiale chaleureuse et accueillante ».

Un fond neutre pour accueillir les couleurs

Le couple souhaitait avant tout des marques britanniques. La décoratrice a donc associé leurs antiquités de famille à des pièces de créateurs du Royaume-Uni et à des œuvres d’art qui disent leur goût pour les animaux. Le film n’a servi que de boussole, comme elle l’explique :

« Ce film présente des intérieurs extrêmement éclectiques et colorés ; ses tapis turcs et ses lustres en cristal m’ont apporté ce petit plus d’inspiration et ont orienté la direction générale du projet. »

Photographie ancienne d’une chambre avec lit à baldaquin, papier peint floral, armoire à glace, fauteuils, table ronde et lustre.
Archive de 1893 : une chambre avec lit à baldaquin et papier peint floral, documentée comme une chambre de la Maison-Blanche. Image d’illustration, sans lien avec la maison de Harlem. Photo : Johnston, Frances / Wikimedia Commons

Sarah Brown, architecte d’intérieur basée à Londres

Comme les deux occupants travaillent chez eux et reçoivent volontiers, la maison devait être aussi fonctionnelle qu’hospitalière. Premier réflexe, à reproduire chez soi : tout l’étage principal a été peint en Dimity de Farrow & Ball, un blanc cassé, qui sert de toile de fond aux motifs. Le papier peint est réservé aux pièces plus petites, pour éviter l’effet surchargé. Pour compenser la masse des bois massifs, Sarah Brown a introduit du rotin, du sisal et des garnitures moelleuses.

Les pièces de vie, pièce par pièce

Le salon fixe la gamme chromatique de la maison, bleu cobalt, vert luxuriant et jaune safran, que les autres espaces reprennent.

Pièce Couleurs Meubles et matières
Salon Cobalt, vert, safran Canapé George Smith sur mesure en tissu Raoul Textiles, fauteuil ancien en velours vert Dedar, fauteuil Tyringham de Rita Konig pour Oficina Inglesa
Cuisine Cobalt Marbre blanc, bois foncé, cuisinière Lacanche bleu vif
Salle à manger Cobalt, rouge Table et chaises conservées, chaises retapissées de cuir rouge, nappe et tapis rouges et bleus, collection d’assiettes au mur
Bibliothèque Jaune paille Canapé Tamburlaine de Howe London en mohair Sóller de Beata Heuman

Garder ses meubles existants et changer seulement leur revêtement, comme dans la salle à manger, reste l’option la plus accessible pour qui ne veut pas tout racheter. Ce principe ne vaut toutefois que si la structure des sièges est saine.

Chambres, bureaux et étages plus intimes

Plus on s’éloigne des espaces de réception, plus les motifs prennent la place de la peinture ou s’adoucissent. Les choix retenus, étage par étage :

  • Salon du sous-sol : papier peint Scrolling Acanthus Frond de Soane Britain, fauteuils en rotin et estampe de chien signée Kate Boxer.
  • Chambre principale : tons plus doux et lit à baldaquin demi-hauteur Soane Britain.
  • Chambre d’amis : papier peint floral couleur pêche de Tess Newall.
  • Bureaux communicants : une jupe de bureau en tissu Little Check de Salvesen Graham masque les câbles.
  • Salon du dernier étage : murs chocolat teinte Cola de Farrow & Ball et tapis ancien.

Pour qui hésite sur les motifs, ce panorama des tendances du papier peint complète utilement ces exemples. Le reportage complet, avec ses photos, est publié par AD Magazine, qui reprend un article paru dans AD Moyen-Orient. Sarah Brown y confie ce qui l’a le plus satisfaite : « Le plus gratifiant dans ce projet a été de trouver un équilibre entre les souhaits du couple et de leur faire découvrir de nouvelles idées. »

Photo : Efrem Efre / Pexels